WEBVTT

1
00:00:16.000 --> 00:00:17.320
Je vous salue depuis le siège de

2
00:00:17.320 --> 00:00:18.770
la Cour pénale internationale

3
00:00:18.770 --> 00:00:19.430
à La Haye.

4
00:00:19.430 --> 00:00:20.960
Mon nom est Jelena Plamenac,

5
00:00:21.040 --> 00:00:22.020
et je travaille ici au

6
00:00:22.020 --> 00:00:23.510
Bureau du Procureur.

7
00:00:23.880 --> 00:00:25.390
Dans la prochaine demi-heure, à

8
00:00:25.390 --> 00:00:27.390
titre personnel, je parlerai de

9
00:00:27.390 --> 00:00:29.420
l’article 28 paragraphe (b)

10
00:00:29.420 --> 00:00:30.590
du Statut de Rome.

11
00:00:31.310 --> 00:00:33.020
Pour une compréhension complète de

12
00:00:33.020 --> 00:00:34.820
l’article 28 et de la doctrine

13
00:00:34.820 --> 00:00:37.240
de la responsabilité du supérieur hiérarchique en vertu du Statut,

14
00:00:37.630 --> 00:00:39.380
je vous invite à aussi écouter la

15
00:00:39.380 --> 00:00:40.920
conférence sur le paragraphe (a)

16
00:00:40.920 --> 00:00:42.160
de la même disposition.

17
00:00:42.930 --> 00:00:45.120
Cette conférence est divisée en trois parties.

18
00:00:45.270 --> 00:00:47.160
La première partie traite de l’objectif

19
00:00:47.160 --> 00:00:49.290
et du contexte historique de la disposition.

20
00:00:49.900 --> 00:00:51.940
La deuxième partie explique les éléments

21
00:00:51.940 --> 00:00:53.410
requis pour prouver la responsabilité

22
00:00:53.410 --> 00:00:55.410
pénale d’un supérieur hiérarchique

23
00:00:55.640 --> 00:00:57.290
et enfin, la troisième partie

24
00:00:57.290 --> 00:00:58.920
décrit brièvement le potentiel

25
00:00:58.920 --> 00:00:58.930
de cette disposition et son application

26
00:00:58.930 --> 00:01:00.640
de cette disposition et son application

27
00:01:00.640 --> 00:01:02.640
future dans les procès devant la CPI.

28
00:01:03.780 --> 00:01:06.340
En parlant de l’objectif de l’article 28,

29
00:01:06.340 --> 00:01:08.540
la Chambre de première instance de la CPI dans l’affaire

30
00:01:08.540 --> 00:01:09.890
<i>Jean-Pierre Bemba</i>

31
00:01:10.270 --> 00:01:11.740
a considéré qu’il vise à

32
00:01:11.740 --> 00:01:13.320
« rendre compte de la responsabilité

33
00:01:13.320 --> 00:01:15.470
des supérieurs hiérarchiques en raison des pouvoirs

34
00:01:15.470 --> 00:01:17.470
de contrôle qu’ils exercent

35
00:01:17.470 --> 00:01:18.800
sur leurs subordonnés.

36
00:01:19.270 --> 00:01:20.670
Ces responsabilités qui leur incombent en matière de

37
00:01:20.670 --> 00:01:22.550
contrôle visent notamment à garantir la

38
00:01:22.550 --> 00:01:24.640
bonne mise en œuvre des principes

39
00:01:24.640 --> 00:01:25.870
fondamentaux du droit

40
00:01:25.870 --> 00:01:26.000
international humanitaire, y compris la

41
00:01:26.000 --> 00:01:28.210
international humanitaire, y compris la

42
00:01:28.210 --> 00:01:28.230
protection des personnes et des objets

43
00:01:28.230 --> 00:01:29.920
protection des personnes et des objets

44
00:01:29.920 --> 00:01:32.060
protégés durant les conflits armés ».

45
00:01:32.990 --> 00:01:34.880
La nouveauté la plus significative

46
00:01:35.090 --> 00:01:36.620
dans la définition de la doctrine

47
00:01:36.620 --> 00:01:39.190
de la responsabilité du supérieur hiérarchique codifiée dans le

48
00:01:39.190 --> 00:01:41.760
Statut est que l’article 28

49
00:01:41.760 --> 00:01:43.620
distingue explicitement

50
00:01:43.620 --> 00:01:45.270
deux catégories de supérieurs hiérarchiques.

51
00:01:45.760 --> 00:01:47.850
La première catégorie est définie au

52
00:01:47.850 --> 00:01:49.470
paragraphe (a) et concerne

53
00:01:49.470 --> 00:01:51.100
un chef militaire ou une

54
00:01:51.100 --> 00:01:52.720
personne faisant effectivement fonction

55
00:01:52.720 --> 00:01:54.060
de chef militaire.

56
00:01:54.550 --> 00:01:56.480
La deuxième catégorie inclut

57
00:01:56.480 --> 00:01:58.830
toutes les autres relations entre supérieurs hiérarchiques

58
00:01:58.830 --> 00:02:00.660
et subordonnés non décrites au

59
00:02:00.660 --> 00:02:01.440
paragraphe (a).

60
00:02:02.770 --> 00:02:04.520
Avant de passer au contexte

61
00:02:04.520 --> 00:02:05.960
historique de cette disposition,

62
00:02:05.960 --> 00:02:07.930
je voudrais clarifier la terminologie

63
00:02:07.930 --> 00:02:09.970
que j’utiliserai tout au long de cette conférence.

64
00:02:10.710 --> 00:02:12.210
Le langage du paragraphe (b)

65
00:02:12.210 --> 00:02:13.840
ne mentionne pas explicitement

66
00:02:14.200 --> 00:02:16.340
les supérieurs civils, mais suggère

67
00:02:16.340 --> 00:02:18.600
une catégorie plus large, comme précédemment mentionné,

68
00:02:18.600 --> 00:02:20.600
définie comme toute relation

69
00:02:20.600 --> 00:02:21.830
qui n’est pas une relation de

70
00:02:22.160 --> 00:02:24.420
commandement militaire <i>de jure</i> ou <i>de facto</i>.

71
00:02:24.960 --> 00:02:26.580
Il peut s’agir de n’importe quel type de relation,

72
00:02:26.580 --> 00:02:28.100
mais comme l’historique de rédaction

73
00:02:28.100 --> 00:02:29.930
du Statut démontre

74
00:02:29.930 --> 00:02:31.960
que les rédacteurs se sont concentrés sur les supérieurs

75
00:02:31.960 --> 00:02:33.910
civils lorsqu’ils ont créé cette

76
00:02:33.910 --> 00:02:35.740
disposition à l’article 28,

77
00:02:36.170 --> 00:02:38.530
lorsqu’il est fait référence aux supérieurs en vertu du paragraphe (b),

78
00:02:38.530 --> 00:02:40.180
pour les besoins de cette conférence,

79
00:02:40.180 --> 00:02:42.440
je réfèrerai aux supérieurs civils.

80
00:02:43.870 --> 00:02:45.790
Les situations d’atrocités de masse

81
00:02:45.790 --> 00:02:47.790
dans l’histoire contemporaine du monde

82
00:02:47.790 --> 00:02:50.360
ont impliqué des civils non seulement en tant que victimes,

83
00:02:50.360 --> 00:02:52.990
mais aussi en tant qu’auteurs et supérieurs hiérarchiques.

84
00:02:53.390 --> 00:02:55.280
En effet, la Chambre de première instance du

85
00:02:55.280 --> 00:02:56.930
Tribunal pénal international

86
00:02:56.930 --> 00:02:59.360
pour le Rwanda, dans le jugement <i>Akayesu</i>,

87
00:02:59.590 --> 00:03:01.180
a confirmé que la doctrine

88
00:03:01.180 --> 00:03:03.190
de la responsabilité du supérieur hiérarchique s’applique

89
00:03:03.190 --> 00:03:04.960
également aux civils

90
00:03:05.240 --> 00:03:06.890
occupant <i>de facto</i> des positions

91
00:03:06.900 --> 00:03:09.830
d’autorité dans des situations de conflits

92
00:03:10.010 --> 00:03:12.000
armés internationaux et non internationaux.

93
00:03:12.880 --> 00:03:14.690
Si l’on se penche sur la

94
00:03:14.690 --> 00:03:16.690
jurisprudence de l’après-guerre,

95
00:03:16.940 --> 00:03:18.590
déjà, les tribunaux militaires

96
00:03:18.590 --> 00:03:20.430
de Nuremberg, établis

97
00:03:20.430 --> 00:03:22.120
au lendemain de la guerre,

98
00:03:22.380 --> 00:03:24.240
appliquaient la doctrine de la responsabilité

99
00:03:24.240 --> 00:03:26.240
du supérieur hiérarchique aux supérieurs civils.

100
00:03:26.240 --> 00:03:28.240
Par exemple, dans l’affaire <i>Flick</i>,

101
00:03:28.490 --> 00:03:31.270
six industriels civils

102
00:03:31.270 --> 00:03:33.080
ont été accusés de crimes de guerre

103
00:03:33.080 --> 00:03:34.730
et de crimes contre l’humanité

104
00:03:34.950 --> 00:03:36.570
pour leur participation directe

105
00:03:36.570 --> 00:03:38.780
et indirecte à des entreprises impliquant

106
00:03:38.780 --> 00:03:40.240
la réduction en esclavage de civils

107
00:03:40.240 --> 00:03:41.650
en territoire occupé.

108
00:03:42.240 --> 00:03:44.160
Il était allégué que les accusés ont utilisé

109
00:03:44.160 --> 00:03:45.790
des dizaines de milliers de travailleurs

110
00:03:45.790 --> 00:03:47.710
esclaves dans les entreprises

111
00:03:47.728 --> 00:03:49.472
qu’ils possédaient ou contrôlaient.

112
00:03:50.872 --> 00:03:52.400
Le Tribunal militaire international

113
00:03:52.400 --> 00:03:54.096
pour l’Extrême-Orient a également déclaré

114
00:03:54.096 --> 00:03:55.776
coupables de crimes internationaux

115
00:03:55.776 --> 00:03:57.952
un certain nombre de dirigeants politiques civils,

116
00:03:58.072 --> 00:04:00.304
accusés d’avoir délibérément

117
00:04:00.304 --> 00:04:00.320
et avec insouciance négligé leur

118
00:04:00.320 --> 00:04:02.408
et avec insouciance négligé leur

119
00:04:02.408 --> 00:04:05.016
devoir légal de prendre des mesures adéquates

120
00:04:05.016 --> 00:04:07.400
pour assurer le respect des lois

121
00:04:07.400 --> 00:04:08.568
et coutumes de la guerre

122
00:04:08.568 --> 00:04:10.416
et pour empêcher leur violation.

123
00:04:11.168 --> 00:04:13.056
Les Tribunaux pénaux internationaux

124
00:04:13.056 --> 00:04:14.880
pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda

125
00:04:14.880 --> 00:04:17.072
ont également jugé des supérieurs civils.

126
00:04:17.616 --> 00:04:19.112
Les Statuts de ces tribunaux

127
00:04:19.112 --> 00:04:21.544
ainsi que le Statut du Tribunal

128
00:04:21.544 --> 00:04:22.952
spécial pour la Sierra Leone font référence

129
00:04:23.152 --> 00:04:25.712
à la responsabilité d’un supérieur hiérarchique qui

130
00:04:25.712 --> 00:04:28.104
peut être civil ou militaire sans

131
00:04:28.104 --> 00:04:30.128
fixer d’exigences ou de limites

132
00:04:30.128 --> 00:04:32.256
distinctes lors de l’application de la

133
00:04:32.256 --> 00:04:33.736
disposition aux civils.

134
00:04:34.392 --> 00:04:35.968
Certainement, les différences dans la

135
00:04:35.968 --> 00:04:37.808
nature et le degré de contrôle des

136
00:04:37.808 --> 00:04:39.872
subordonnés ont été prises en compte

137
00:04:39.872 --> 00:04:41.024
lorsqu’il s’agissait de déterminer si un

138
00:04:41.024 --> 00:04:42.504
élément particulier de

139
00:04:42.504 --> 00:04:44.296
la responsabilité était prouvé.

140
00:04:45.424 --> 00:04:46.776
Le Statut de Rome, cependant,

141
00:04:46.776 --> 00:04:48.648
n’a pas suivi cette tendance à appliquer

142
00:04:48.648 --> 00:04:49.888
la même norme à toutes

143
00:04:49.888 --> 00:04:51.272
les catégories de supérieurs hiérarchiques.

144
00:04:52.000 --> 00:04:53.816
La distinction entre les supérieurs militaires et

145
00:04:53.816 --> 00:04:56.136
les autres supérieurs hiérarchiques est le résultat direct

146
00:04:56.136 --> 00:04:57.904
de l’intervention de la délégation

147
00:04:57.904 --> 00:04:59.900
des États-Unis lors de la conférence

148
00:04:59.900 --> 00:05:02.200
diplomatique qui a négocié et

149
00:05:02.200 --> 00:05:03.512
adopté le texte du Statut

150
00:05:03.512 --> 00:05:05.424
de Rome en 1998.

151
00:05:06.272 --> 00:05:07.864
Entre autres, il y avait

152
00:05:07.864 --> 00:05:10.008
deux arguments intéressants en faveur

153
00:05:10.008 --> 00:05:11.704
de l’application de normes différentes

154
00:05:11.704 --> 00:05:12.744
que les États-Unis ont avancés.

155
00:05:13.664 --> 00:05:15.672
Premièrement, il existe des règles différentes

156
00:05:15.672 --> 00:05:17.328
régissant les organisations civiles et

157
00:05:17.328 --> 00:05:19.280
militaires, notamment en ce qui concerne

158
00:05:19.280 --> 00:05:20.816
la structure disciplinaire de

159
00:05:20.816 --> 00:05:23.128
l’autorité civile qui est généralement faible,

160
00:05:23.408 --> 00:05:25.632
par opposition à celle de l’armée,

161
00:05:25.632 --> 00:05:27.272
qui a une dimension pénale

162
00:05:27.488 --> 00:05:29.992
au sein d’une structure de commandement stricte et rigide.

163
00:05:30.488 --> 00:05:32.568
Deuxièmement, la délégation américaine a fait valoir

164
00:05:32.568 --> 00:05:34.096
qu’un chef militaire est

165
00:05:34.096 --> 00:05:36.080
responsable d’une force létale, ce qui est

166
00:05:36.080 --> 00:05:37.512
inhérent et unique

167
00:05:37.664 --> 00:05:39.632
à l’armée, et sert de base à

168
00:05:39.632 --> 00:05:41.264
l’existence de la négligence lorsqu’il

169
00:05:41.264 --> 00:05:43.260
s’agit de prouver la responsabilité pénale.

170
00:05:44.128 --> 00:05:45.768
Telle est la version finale acceptée

171
00:05:45.768 --> 00:05:47.760
du texte de l’article 28.

172
00:05:47.872 --> 00:05:49.920
Elle établit deux différences principales

173
00:05:49.920 --> 00:05:52.176
entre les deux catégories de supérieurs hiérarchiques.

174
00:05:52.680 --> 00:05:54.184
La première est liée à l’étendue

175
00:05:54.288 --> 00:05:56.376
de l’autorité, et la seconde,

176
00:05:56.376 --> 00:05:57.640
à la connaissance alternative

177
00:05:57.640 --> 00:05:58.944
d’un supérieur hiérarchique quant à

178
00:05:58.944 --> 00:06:00.256
la commission des crimes.

179
00:06:00.608 --> 00:06:01.880
Cela signifie que la charge de

180
00:06:01.880 --> 00:06:03.568
la responsabilité pour un supérieur hiérarchique

181
00:06:03.568 --> 00:06:05.448
relevant du paragraphe (b) est beaucoup plus faible.

182
00:06:05.672 --> 00:06:07.544
Nous y viendrons dans un instant.

183
00:06:08.336 --> 00:06:10.656
Il n’existe toujours pas de jurisprudence de la CPI qui

184
00:06:10.656 --> 00:06:11.592
nous aiderait à

185
00:06:11.592 --> 00:06:13.000
interpréter le paragraphe (b).

186
00:06:13.384 --> 00:06:15.088
La Cour a toutefois rendu

187
00:06:15.088 --> 00:06:16.704
une jurisprudence pertinente pour

188
00:06:16.704 --> 00:06:18.512
l’application du paragraphe (a)

189
00:06:18.760 --> 00:06:20.248
dans l’affaire <i>Bemba</i>,

190
00:06:20.568 --> 00:06:22.392
en le déclarant coupable en tant que chef

191
00:06:22.392 --> 00:06:24.128
militaire de l’armée de

192
00:06:24.128 --> 00:06:26.840
libération du Congo pour les crimes

193
00:06:26.840 --> 00:06:28.568
de ses subordonnés commis en

194
00:06:28.568 --> 00:06:28.608
République centrafricaine.

195
00:06:28.608 --> 00:06:30.040
République centrafricaine.

196
00:06:30.552 --> 00:06:32.672
Comme vous le verrez, étant donné que de nombreux éléments

197
00:06:32.672 --> 00:06:34.352
de la responsabilité du supérieur hiérarchique sont

198
00:06:34.352 --> 00:06:36.200
communs aux supérieurs en vertu des deux

199
00:06:36.200 --> 00:06:38.248
paragraphes, le jugement de la Chambre

200
00:06:38.248 --> 00:06:40.408
de première instance est utile pour comprendre

201
00:06:40.408 --> 00:06:42.400
et appliquer son interprétation

202
00:06:42.656 --> 00:06:44.480
aux exigences du paragraphe (b)

203
00:06:44.480 --> 00:06:46.312
là où ces deux dispositions se chevauchent.

204
00:06:48.024 --> 00:06:49.864
Avant de poursuivre avec les éléments

205
00:06:49.864 --> 00:06:51.584
de la responsabilité du supérieur hiérarchique,

206
00:06:51.584 --> 00:06:53.136
permettez-moi d’expliquer brièvement la

207
00:06:53.136 --> 00:06:54.184
relation entre

208
00:06:54.184 --> 00:06:57.152
les articles 28 et 25 du Statut.

209
00:06:58.120 --> 00:07:00.736
L’article 28 reflète une forme

210
00:07:00.856 --> 00:07:03.024
de responsabilité pénale autre

211
00:07:03.024 --> 00:07:05.480
que celles que l’on trouve à l’article 25,

212
00:07:05.480 --> 00:07:07.208
dans le sens où un supérieur hiérarchique

213
00:07:07.440 --> 00:07:09.096
peut être tenu responsable du

214
00:07:09.096 --> 00:07:10.512
comportement prohibé de

215
00:07:10.512 --> 00:07:12.008
ses subordonnés,

216
00:07:12.008 --> 00:07:14.160
pour avoir manqué à ses devoirs.

217
00:07:14.920 --> 00:07:16.896
En d’autres termes, l’article 28

218
00:07:16.896 --> 00:07:19.056
établit la responsabilité pour les violations

219
00:07:19.056 --> 00:07:21.200
des devoirs en lien avec les crimes

220
00:07:21.200 --> 00:07:22.464
commis par d’autres,

221
00:07:22.768 --> 00:07:24.280
tandis que l’article 25

222
00:07:24.280 --> 00:07:25.960
établit la responsabilité pour

223
00:07:25.960 --> 00:07:27.120
ses propres crimes.

224
00:07:28.096 --> 00:07:30.344
À présent, examinons les éléments.

225
00:07:30.512 --> 00:07:32.560
Pour qu’un individu soit tenu pénalement

226
00:07:32.560 --> 00:07:35.720
responsable en vertu de l’article 28(b),

227
00:07:36.224 --> 00:07:38.104
le Procureur doit prouver

228
00:07:38.104 --> 00:07:39.144
que les sept éléments

229
00:07:39.144 --> 00:07:40.504
suivants sont réunis.

230
00:07:40.872 --> 00:07:42.776
Premièrement, des crimes relevant de la compétence

231
00:07:42.776 --> 00:07:43.760
de la Cour ont été

232
00:07:43.760 --> 00:07:44.944
commis par des forces.

233
00:07:46.000 --> 00:07:47.440
Deuxièmement, le supérieur doit être

234
00:07:47.440 --> 00:07:49.224
autre qu’un chef militaire

235
00:07:49.224 --> 00:07:50.856
ou une personne faisant effectivement

236
00:07:50.856 --> 00:07:52.192
fonction de chef militaire.

237
00:07:52.952 --> 00:07:54.256
Troisièmement, le supérieur hiérarchique avait

238
00:07:54.256 --> 00:07:55.992
une autorité et un contrôle effectifs

239
00:07:55.992 --> 00:07:57.008
sur les forces qui

240
00:07:57.008 --> 00:07:58.056
ont commis les crimes.

241
00:07:58.784 --> 00:08:01.144
Quatrièmement, les crimes sont liés à des activités

242
00:08:01.424 --> 00:08:02.896
relevant du contrôle et de la

243
00:08:03.168 --> 00:08:05.064
responsabilité effectifs

244
00:08:05.064 --> 00:08:06.064
du supérieur hiérarchique.

245
00:08:07.424 --> 00:08:09.480
Cinquièmement, la personne savait

246
00:08:09.480 --> 00:08:11.872
ou a délibérément négligé de tenir compte d’informations

247
00:08:11.872 --> 00:08:13.536
qui indiquaient clairement que les

248
00:08:13.536 --> 00:08:15.240
subordonnés commettaient ou

249
00:08:15.240 --> 00:08:16.816
allaient commettre ces crimes.

250
00:08:18.008 --> 00:08:19.872
Sixièmement, le supérieur hiérarchique n’a pas pris

251
00:08:19.872 --> 00:08:22.016
toutes les mesures nécessaires et raisonnables

252
00:08:22.016 --> 00:08:24.312
qui étaient en son pouvoir pour empêcher

253
00:08:24.312 --> 00:08:27.256
ou en réprimer l’exécution ou pour en

254
00:08:27.272 --> 00:08:28.848
référer aux autorités

255
00:08:28.848 --> 00:08:30.400
compétentes aux fins d’enquête

256
00:08:30.400 --> 00:08:31.400
et de poursuites.

257
00:08:32.040 --> 00:08:33.240
Et enfin, septièmement,

258
00:08:33.456 --> 00:08:35.216
les crimes commis par les forces

259
00:08:35.216 --> 00:08:35.240
doivent avoir été le résultat du

260
00:08:35.240 --> 00:08:36.928
doivent avoir été le résultat du

261
00:08:36.928 --> 00:08:39.160
manquement de l’accusé à exercer

262
00:08:39.160 --> 00:08:40.912
sur elles le contrôle qui convenait.

263
00:08:42.728 --> 00:08:44.528
En ce qui concerne le premier élément,

264
00:08:44.528 --> 00:08:46.112
à savoir que les crimes relevant de la compétence

265
00:08:46.112 --> 00:08:46.128
de la Cour ont été

266
00:08:46.128 --> 00:08:47.056
de la Cour ont été

267
00:08:47.056 --> 00:08:48.320
commis par des forces,

268
00:08:48.568 --> 00:08:51.320
il est nécessaire que les forces concernées

269
00:08:51.320 --> 00:08:52.688
aient commis les crimes énumérés à

270
00:08:52.688 --> 00:08:54.232
l’article 5 du Statut,

271
00:08:54.232 --> 00:08:55.608
à savoir : les crimes de guerre, les crimes

272
00:08:55.608 --> 00:08:57.152
contre l’humanité et le génocide.

273
00:08:57.936 --> 00:08:58.904
Ces crimes doivent

274
00:08:58.904 --> 00:09:00.440
être effectivement commis.

275
00:09:00.736 --> 00:09:02.528
Dans l’affaire <i>Bemba</i>, la Chambre de première instance a jugé

276
00:09:02.528 --> 00:09:04.216
que la commission par des subordonnés

277
00:09:04.328 --> 00:09:06.640
dans le cadre de la responsabilité du supérieur hiérarchique

278
00:09:06.936 --> 00:09:08.992
inclut des modes de responsabilité allant au-delà

279
00:09:08.992 --> 00:09:11.680
de la « commission » au

280
00:09:11.992 --> 00:09:13.064
sens strict.

281
00:09:13.384 --> 00:09:14.768
Cela signifie que la commission des

282
00:09:14.768 --> 00:09:16.176
crimes comprendrait également,

283
00:09:16.176 --> 00:09:18.384
par exemple, le fait de planifier, d’inciter,

284
00:09:18.384 --> 00:09:19.960
d’aider et d’encourager des crimes.

285
00:09:21.336 --> 00:09:22.984
Le deuxième élément est lié

286
00:09:22.992 --> 00:09:24.760
au statut du supérieur hiérarchique.

287
00:09:25.208 --> 00:09:27.400
Puisqu’il distingue deux

288
00:09:27.400 --> 00:09:28.736
catégories de supérieurs hiérarchiques

289
00:09:28.736 --> 00:09:29.960
et leurs relations,

290
00:09:30.344 --> 00:09:32.792
principalement les chefs militaires ou de type

291
00:09:32.800 --> 00:09:34.160
militaire d’une part,

292
00:09:34.160 --> 00:09:35.496
et tous les autres supérieurs hiérarchiques,

293
00:09:36.096 --> 00:09:38.488
l’article 28 exige que ce

294
00:09:38.488 --> 00:09:40.504
statut du supérieur hiérarchique soit d’abord

295
00:09:40.504 --> 00:09:42.520
établi avant d’aller plus loin

296
00:09:42.520 --> 00:09:44.248
dans les éléments requis de

297
00:09:44.248 --> 00:09:45.936
la responsabilité pénale.

298
00:09:46.848 --> 00:09:48.240
La jurisprudence de la CPI

299
00:09:48.240 --> 00:09:49.824
n’a pas encore établi de critères

300
00:09:49.824 --> 00:09:51.512
sous-jacents permettant de déterminer

301
00:09:51.512 --> 00:09:53.304
si un individu peut être considéré

302
00:09:53.304 --> 00:09:54.720
comme un supérieur en vertu du paragraphe (b).

303
00:09:55.360 --> 00:09:56.608
Certains exemples comprennent

304
00:09:56.608 --> 00:09:58.512
des dirigeants politiques, des chefs d’entreprise

305
00:09:58.512 --> 00:10:00.360
et des hauts fonctionnaires.

306
00:10:00.496 --> 00:10:02.368
Le TPIR, par exemple,

307
00:10:02.704 --> 00:10:04.664
a reconnu coupable un chef d’entreprise en vertu

308
00:10:04.664 --> 00:10:06.768
de la disposition sur la responsabilité du supérieur hiérarchique,

309
00:10:06.768 --> 00:10:08.400
M. Alfred Musema,

310
00:10:08.400 --> 00:10:10.480
dans le contexte de l’attaque

311
00:10:10.480 --> 00:10:12.328
généralisée contre des civils Tutsis et

312
00:10:12.328 --> 00:10:14.672
Hutus modérés en 1994.

313
00:10:15.264 --> 00:10:16.184
L’accusé était

314
00:10:16.184 --> 00:10:17.920
le directeur d’une usine de thé.

315
00:10:18.568 --> 00:10:20.768
Il est important de noter, toutefois,

316
00:10:21.040 --> 00:10:23.240
que les civils qui font effectivement

317
00:10:23.240 --> 00:10:24.952
partie d’une structure de commandement

318
00:10:25.112 --> 00:10:27.624
impliquant des forces militaires ou

319
00:10:27.624 --> 00:10:29.224
paramilitaires entreraient dans la

320
00:10:29.224 --> 00:10:31.296
catégorie des personnes « faisant effectivement

321
00:10:31.296 --> 00:10:33.504
fonction de chef militaire » en vertu du paragraphe (a).

322
00:10:34.176 --> 00:10:35.640
Cela comprendrait également les dirigeants

323
00:10:35.640 --> 00:10:37.344
politiques d’un État qui, en vertu

324
00:10:37.344 --> 00:10:39.136
du droit national, deviennent des commandants

325
00:10:39.136 --> 00:10:40.880
en chef pendant les conflits armés.

326
00:10:41.288 --> 00:10:43.304
Le Procureur de la CPI, par exemple,

327
00:10:43.304 --> 00:10:44.768
a porté des charges contre l’ancien président

328
00:10:44.768 --> 00:10:45.856
de la Côte d’Ivoire,

329
00:10:45.856 --> 00:10:47.760
M. Laurent Gbagbo,

330
00:10:47.784 --> 00:10:49.200
en tant que chef militaire dans

331
00:10:49.200 --> 00:10:49.216
le contexte d’un conflit armé

332
00:10:49.216 --> 00:10:50.768
le contexte d’un conflit armé

333
00:10:50.768 --> 00:10:53.544
non international en Côte d’Ivoire en 2011.

334
00:10:54.384 --> 00:10:55.840
La Chambre de première instance dans <i>Bemba</i>

335
00:10:55.840 --> 00:10:57.424
a également interprété l’expression

336
00:10:57.424 --> 00:10:59.560
comme incluant des personnes qui

337
00:10:59.560 --> 00:11:01.872
n’exercent pas de fonctions exclusivement militaires,

338
00:11:02.144 --> 00:11:03.960
mais qui peuvent exercer une autorité

339
00:11:03.960 --> 00:11:05.272
similaire sur les forces.

340
00:11:06.080 --> 00:11:07.744
En conclusion, le statut de

341
00:11:07.744 --> 00:11:09.360
supérieur hiérarchique doit être

342
00:11:09.360 --> 00:11:11.648
déterminé au cas par cas.

343
00:11:13.144 --> 00:11:14.480
Le troisième élément,

344
00:11:14.480 --> 00:11:15.832
à savoir que le supérieur hiérarchique avait une autorité

345
00:11:15.832 --> 00:11:17.368
et un contrôle effectifs sur les

346
00:11:17.368 --> 00:11:18.928
forces qui ont commis les crimes,

347
00:11:19.520 --> 00:11:21.312
consiste à déterminer

348
00:11:21.712 --> 00:11:24.128
le lien de subordination.

349
00:11:24.608 --> 00:11:26.432
Les deux catégories de supérieurs hiérarchiques

350
00:11:26.432 --> 00:11:27.552
visées aux paragraphes (a) ou (b)

351
00:11:27.816 --> 00:11:29.520
doivent être en position

352
00:11:29.520 --> 00:11:31.840
de « contrôle et d’autorité effectifs »,

353
00:11:32.152 --> 00:11:34.440
tandis que les chefs militaires, en plus,

354
00:11:34.440 --> 00:11:36.304
doivent exercer « un commandement

355
00:11:36.304 --> 00:11:37.656
et un contrôle effectifs »,

356
00:11:37.880 --> 00:11:39.160
ce qui indique la différence

357
00:11:39.160 --> 00:11:39.920
dans la portée de

358
00:11:39.920 --> 00:11:41.920
l’autorité mentionnée plus tôt.

359
00:11:43.024 --> 00:11:44.920
Comme l’a jugé la Chambre de première instance dans <i>Bemba</i>,

360
00:11:44.920 --> 00:11:47.592
l’« autorité » fait référence aux modalités,

361
00:11:47.592 --> 00:11:49.720
à la manière ou à la nature

362
00:11:49.720 --> 00:11:51.968
du contrôle exercé par le supérieur hiérarchique sur

363
00:11:52.280 --> 00:11:53.448
ses troupes.

364
00:11:54.024 --> 00:11:55.440
Le « contrôle effectif »

365
00:11:55.440 --> 00:11:57.512
se réfère à la capacité matérielle

366
00:11:57.512 --> 00:11:59.112
d’empêcher ou de réprimer

367
00:11:59.112 --> 00:12:00.256
l’exécution des crimes

368
00:12:00.664 --> 00:12:02.032
ou d’en référer

369
00:12:02.032 --> 00:12:03.536
aux autorités compétentes.

370
00:12:04.336 --> 00:12:06.024
Tout degré de contrôle moindre,

371
00:12:06.024 --> 00:12:07.928
tel que la capacité d’exercer

372
00:12:07.928 --> 00:12:10.304
une influence, même appréciable,

373
00:12:10.304 --> 00:12:11.256
sur les forces

374
00:12:11.256 --> 00:12:12.312
qui ont commis les crimes,

375
00:12:12.656 --> 00:12:14.464
serait insuffisant pour établir

376
00:12:14.464 --> 00:12:16.152
la responsabilité du supérieur hiérarchique.

377
00:12:17.330 --> 00:12:18.864
Pour établir l’existence

378
00:12:18.864 --> 00:12:21.000
d’un lien de subordination,

379
00:12:21.000 --> 00:12:22.808
il n’est pas nécessaire de désigner

380
00:12:23.008 --> 00:12:25.048
les auteurs principaux nommément,

381
00:12:25.160 --> 00:12:26.616
bien qu’une telle détermination

382
00:12:26.616 --> 00:12:27.832
puisse être utile

383
00:12:28.376 --> 00:12:30.208
pour prouver cette existence,

384
00:12:30.968 --> 00:12:32.576
il suffit d’identifier les

385
00:12:32.576 --> 00:12:34.570
auteurs par leur groupe ou unité

386
00:12:34.632 --> 00:12:36.424
en rapport avec un crime particulier.

387
00:12:37.568 --> 00:12:39.424
Les auteurs doivent toutefois

388
00:12:39.424 --> 00:12:41.936
être identifiés au moins dans la

389
00:12:41.936 --> 00:12:43.584
mesure nécessaire pour

390
00:12:44.016 --> 00:12:46.536
évaluer l’existence du lien.

391
00:12:47.432 --> 00:12:49.400
De même, il n’y a pas de nombre minimum

392
00:12:49.400 --> 00:12:50.920
de supérieurs qui doivent

393
00:12:50.920 --> 00:12:50.936
être impliqués pour déclencher la responsabilité.

394
00:12:50.936 --> 00:12:53.480
être impliqués pour déclencher la responsabilité.

395
00:12:54.344 --> 00:12:56.056
Le contrôle effectif n’a pas

396
00:12:56.056 --> 00:12:58.136
à être exclusivement exercé

397
00:12:58.136 --> 00:12:59.112
sur les forces

398
00:12:59.112 --> 00:13:00.280
qui ont commis les crimes.

399
00:13:00.824 --> 00:13:03.048
Au contraire, il est possible que plusieurs

400
00:13:03.048 --> 00:13:05.128
supérieurs hiérarchiques soient tenus simultanément

401
00:13:05.128 --> 00:13:06.336
responsables des actions

402
00:13:06.336 --> 00:13:07.568
de leurs subordonnés.

403
00:13:08.952 --> 00:13:10.840
L’existence d’un contrôle effectif

404
00:13:10.840 --> 00:13:12.632
dépendra des circonstances

405
00:13:12.632 --> 00:13:13.648
de chaque cas.

406
00:13:13.936 --> 00:13:15.600
Les facteurs qui pourraient indiquer

407
00:13:15.600 --> 00:13:16.832
un tel contrôle comprennent :

408
00:13:17.712 --> 00:13:19.616
La position officielle du supérieur hiérarchique

409
00:13:19.616 --> 00:13:21.392
au sein de la structure ou de l’organisation

410
00:13:21.392 --> 00:13:23.632
en question et les tâches

411
00:13:23.632 --> 00:13:25.208
qu’il a effectuées effectivement.

412
00:13:25.528 --> 00:13:27.232
La capacité à émettre des ordres

413
00:13:27.232 --> 00:13:28.472
ou des décisions contraignantes

414
00:13:28.472 --> 00:13:29.648
à ses subordonnés ;

415
00:13:30.080 --> 00:13:32.112
La capacité à veiller au respect

416
00:13:32.112 --> 00:13:33.904
de ces ordres ou décisions ;

417
00:13:34.328 --> 00:13:36.368
Le pouvoir de promouvoir, de remplacer,

418
00:13:36.368 --> 00:13:38.320
de révoquer ou sanctionner toute personne

419
00:13:38.320 --> 00:13:39.808
au sein de l’organisation ;

420
00:13:40.240 --> 00:13:41.944
Le contrôle sur les finances ;

421
00:13:42.312 --> 00:13:44.264
Sa capacité à représenter

422
00:13:44.264 --> 00:13:46.080
l’organisation et ses subordonnés

423
00:13:46.336 --> 00:13:47.536
lorsqu’il interagit avec

424
00:13:47.536 --> 00:13:49.312
des partenaires extérieurs ;

425
00:13:50.528 --> 00:13:52.008
Le fait qu’il représente

426
00:13:52.008 --> 00:13:53.512
l’idéologie du mouvement

427
00:13:53.512 --> 00:13:55.510
et qu’il a un certain profil,

428
00:13:55.510 --> 00:13:56.992
dont attestent ses activités et

429
00:13:56.992 --> 00:13:58.576
ses déclarations publiques.

430
00:13:59.392 --> 00:14:00.904
Si nous revenons à notre exemple

431
00:14:00.904 --> 00:14:00.920
de M. Musema, la Chambre de première instance

432
00:14:00.920 --> 00:14:02.896
de M. Musema, la Chambre de première instance 

433
00:14:02.896 --> 00:14:04.768
a estimé qu’en sa qualité de

434
00:14:04.768 --> 00:14:06.040
directeur de l’usine

435
00:14:06.328 --> 00:14:07.384
et en raison de la

436
00:14:07.384 --> 00:14:08.776
pauvreté de la région,

437
00:14:09.216 --> 00:14:11.376
Musema exerçait une autorité

438
00:14:11.376 --> 00:14:12.688
considérable par rapport aux

439
00:14:12.688 --> 00:14:13.872
personnes qu’il employait,

440
00:14:14.032 --> 00:14:15.408
mais aussi par rapport aux

441
00:14:15.408 --> 00:14:15.416
autorités communales,

442
00:14:15.416 --> 00:14:16.704
autorités communales,

443
00:14:16.808 --> 00:14:18.168
qui dépendaient des

444
00:14:18.168 --> 00:14:19.232
revenus fiscaux des

445
00:14:19.232 --> 00:14:20.304
employés de l’usine.

446
00:14:21.888 --> 00:14:23.520
La Chambre a constaté que Musema

447
00:14:23.520 --> 00:14:25.624
exerçait une autorité <i>de jure</i> et un

448
00:14:25.624 --> 00:14:27.620
contrôle <i>de facto</i> sur les employés

449
00:14:27.880 --> 00:14:29.448
lorsqu’ils se trouvaient dans les locaux

450
00:14:29.448 --> 00:14:30.776
de l’usine et lorsqu’ils

451
00:14:30.776 --> 00:14:32.656
exerçaient leurs obligations professionnelles

452
00:14:32.656 --> 00:14:34.392
en tant qu’employés de l’usine,

453
00:14:34.688 --> 00:14:36.136
même si ces obligations étaient

454
00:14:36.136 --> 00:14:38.432
exercées en dehors des locaux de l’usine.

455
00:14:39.112 --> 00:14:40.976
L’accusé exerçait le contrôle

456
00:14:40.976 --> 00:14:42.544
juridique et financier sur

457
00:14:42.544 --> 00:14:44.160
ces employés, notamment

458
00:14:44.160 --> 00:14:45.656
par le biais de son pouvoir de nommer

459
00:14:45.656 --> 00:14:47.608
et de révoquer les employés de leurs

460
00:14:47.608 --> 00:14:49.104
postes à l’usine.

461
00:14:51.040 --> 00:14:52.944
La quatrième condition essentielle

462
00:14:52.944 --> 00:14:54.688
de la responsabilité du supérieur hiérarchique est

463
00:14:54.688 --> 00:14:56.952
que les crimes concernaient des activités

464
00:14:58.184 --> 00:14:59.816
qui relevaient de la responsabilité

465
00:14:59.816 --> 00:15:02.360
et du contrôle effectifs du supérieur hiérarchique.

466
00:15:02.550 --> 00:15:04.672
Ce qui limite la portée de la responsabilité

467
00:15:04.672 --> 00:15:06.360
du supérieur aux actes

468
00:15:06.360 --> 00:15:08.056
qui ne seraient commis, par exemple,

469
00:15:08.056 --> 00:15:09.648
que pendant leurs heures de travail

470
00:15:10.176 --> 00:15:12.304
ou qui seraient liés à leur travail.

471
00:15:13.032 --> 00:15:15.360
C’est l’une des deux principales différences

472
00:15:15.360 --> 00:15:16.864
avec les catégories de supérieurs hiérarchiques

473
00:15:16.864 --> 00:15:18.272
du paragraphe (a),

474
00:15:18.320 --> 00:15:20.608
dont la responsabilité n’est

475
00:15:20.608 --> 00:15:20.632
pas limitée en ce qui concerne

476
00:15:20.632 --> 00:15:22.208
pas limitée en ce qui concerne

477
00:15:22.208 --> 00:15:23.968
les crimes, pour autant que le

478
00:15:24.160 --> 00:15:26.136
supérieur ait un contrôle effectif

479
00:15:26.136 --> 00:15:27.928
sur ses subordonnés au moment

480
00:15:28.112 --> 00:15:29.888
de la commission du crime.

481
00:15:32.024 --> 00:15:34.504
L’article 28 (b) englobe

482
00:15:34.784 --> 00:15:36.984
deux normes quant à l’élément de faute.

483
00:15:36.984 --> 00:15:39.688
La première, qui est résumée dans

484
00:15:39.688 --> 00:15:41.752
le terme « savait », pour les deux

485
00:15:41.752 --> 00:15:43.750
catégories de supérieurs hiérarchiques, exige

486
00:15:43.750 --> 00:15:45.560
l’existence d’une connaissance effective.

487
00:15:46.040 --> 00:15:47.904
La seconde, « connaissance

488
00:15:47.904 --> 00:15:49.072
alternative ou inférée »,

489
00:15:49.336 --> 00:15:51.504
exige que le supérieur hiérarchique ait délibérément

490
00:15:51.504 --> 00:15:53.112
négligé des informations

491
00:15:53.408 --> 00:15:55.344
qui indiquaient clairement que

492
00:15:55.392 --> 00:15:57.328
des subordonnés commettaient ou

493
00:15:57.328 --> 00:15:58.784
allaient commettre des crimes.

494
00:16:00.424 --> 00:16:01.688
La connaissance effective peut être

495
00:16:01.688 --> 00:16:03.368
établie par des preuves

496
00:16:03.368 --> 00:16:06.320
directes ou indirectes (dites circonstancielles).

497
00:16:06.664 --> 00:16:08.496
Les exemples de preuves directes

498
00:16:08.496 --> 00:16:10.320
incluent l’aveu par l’accusé de sa

499
00:16:10.320 --> 00:16:12.184
connaissance ou les déclarations qu’il a pu

500
00:16:12.184 --> 00:16:14.216
faire en rapport avec les crimes.

501
00:16:15.152 --> 00:16:16.432
L’article 28 n’exige

502
00:16:16.432 --> 00:16:18.072
pas que le supérieur connaisse

503
00:16:18.072 --> 00:16:19.736
l’identité des individus

504
00:16:19.736 --> 00:16:21.730
spécifiques qui ont commis les crimes.

505
00:16:22.448 --> 00:16:24.856
Et il n’est pas non plus nécessaire d’établir

506
00:16:24.856 --> 00:16:26.664
que l’accusé maîtrisait chaque

507
00:16:26.664 --> 00:16:27.744
détail de chacun des crimes

508
00:16:27.744 --> 00:16:29.136
commis par les forces.

509
00:16:30.448 --> 00:16:32.424
Au lieu de cela, les facteurs pertinents qui

510
00:16:32.424 --> 00:16:34.216
peuvent indiquer la connaissance comprennent

511
00:16:34.216 --> 00:16:36.210
tout ordre de commettre des crimes,

512
00:16:36.448 --> 00:16:37.904
ou le fait que l’accusé ait été

513
00:16:37.904 --> 00:16:39.816
informé personnellement que ses

514
00:16:39.816 --> 00:16:42.328
subordonnés étaient impliqués dans des activités criminelles.

515
00:16:42.904 --> 00:16:44.992
D’autres indices comprennent le nombre,

516
00:16:44.992 --> 00:16:47.488
la nature, la portée, le lieu et le moment

517
00:16:47.488 --> 00:16:48.648
des actes illégaux,

518
00:16:48.928 --> 00:16:51.136
et d’autres circonstances existantes ;

519
00:16:51.176 --> 00:16:53.392
les moyens de communication disponibles ;

520
00:16:53.664 --> 00:16:56.584
le <i>modus operandi</i> d’actes similaires ;

521
00:16:57.016 --> 00:16:59.072
l’importance et la nature du poste et de la

522
00:16:59.072 --> 00:17:01.136
responsabilité du supérieur hiérarchique au sein

523
00:17:01.136 --> 00:17:02.248
de l’organisation ;

524
00:17:02.512 --> 00:17:04.192
la notoriété des actes illégaux,

525
00:17:04.192 --> 00:17:05.392
par exemple s’ils ont été

526
00:17:05.392 --> 00:17:07.072
rapportés dans une couverture médiatique

527
00:17:07.072 --> 00:17:08.648
dont l’accusé avait connaissance.

528
00:17:10.800 --> 00:17:12.056
Comme mentionné, le cœur de la

529
00:17:12.056 --> 00:17:14.464
division de l’article 28 réside dans deux

530
00:17:14.464 --> 00:17:16.400
exigences de connaissance inférée

531
00:17:16.400 --> 00:17:17.848
qui dépendent du

532
00:17:17.848 --> 00:17:19.320
statut civil ou

533
00:17:19.320 --> 00:17:19.336
du statut

534
00:17:19.336 --> 00:17:20.264
du statut

535
00:17:21.456 --> 00:17:23.800
militaire du supérieur hiérarchique.

536
00:17:24.552 --> 00:17:25.944
Une telle disposition explicite

537
00:17:25.944 --> 00:17:28.096
vise à créer un niveau de preuve

538
00:17:28.096 --> 00:17:29.880
plus élevé lorsque le supérieur

539
00:17:29.880 --> 00:17:30.840
relève du paragraphe (b).

540
00:17:31.360 --> 00:17:33.352
Si l’on compare le libellé des

541
00:17:33.352 --> 00:17:35.208
deux alinéas du paragraphe (a),

542
00:17:35.608 --> 00:17:37.384
un chef militaire <i>de facto</i> ou

543
00:17:37.384 --> 00:17:39.096
<i>de jure</i> est responsable

544
00:17:39.096 --> 00:17:41.984
de la conduite de ses subordonnés s’il savait

545
00:17:42.456 --> 00:17:44.520
ou, en raison des circonstances,

546
00:17:44.520 --> 00:17:45.296
aurait

547
00:17:45.296 --> 00:17:47.352
dû savoir que les crimes

548
00:17:47.352 --> 00:17:49.128
en question étaient commis

549
00:17:49.128 --> 00:17:50.792
ou allaient être commis.

550
00:17:51.392 --> 00:17:52.952
En vertu du paragraphe (b), un supérieur

551
00:17:52.952 --> 00:17:55.176
n’est responsable que s’il

552
00:17:55.264 --> 00:17:57.768
savait, ou s’il a délibérément négligé de tenir compte

553
00:17:57.768 --> 00:17:59.488
d’informations qui indiquaient

554
00:17:59.488 --> 00:18:01.792
clairement que ses subordonnés

555
00:18:01.792 --> 00:18:02.888
commettaient ou allaient

556
00:18:02.888 --> 00:18:03.896
commettre ces crimes.

557
00:18:04.888 --> 00:18:06.872
La norme la plus élevée est indiquée

558
00:18:06.872 --> 00:18:09.064
dans les termes « délibérément négligé »

559
00:18:09.064 --> 00:18:10.528
et « indiquaient clairement ».

560
00:18:11.328 --> 00:18:12.520
Comme expliqué précédemment,

561
00:18:12.808 --> 00:18:14.520
l’une des principales raisons de cette

562
00:18:14.710 --> 00:18:17.056
distinction est que les chefs militaires,

563
00:18:17.056 --> 00:18:19.328
au sein d’une structure strictement

564
00:18:19.328 --> 00:18:21.320
hiérarchique ou organisée, auraient

565
00:18:21.320 --> 00:18:23.320
beaucoup plus de possibilités de recevoir

566
00:18:23.320 --> 00:18:24.864
des informations sur le comportement

567
00:18:24.864 --> 00:18:26.136
de leurs subordonnés.

568
00:18:27.144 --> 00:18:29.904
Ainsi, alors que l’article 28 impose

569
00:18:29.904 --> 00:18:31.608
un devoir plus actif au

570
00:18:31.608 --> 00:18:33.808
supérieur hiérarchique de s’informer des

571
00:18:33.992 --> 00:18:36.080
activités de ses subordonnés,

572
00:18:36.256 --> 00:18:37.800
s’il relève du paragraphe (a),

573
00:18:37.976 --> 00:18:39.072
cela n’est pas requis

574
00:18:39.072 --> 00:18:40.328
pour les autres supérieurs hiérarchiques.

575
00:18:40.552 --> 00:18:42.320
La Chambre de première instance du TPIR

576
00:18:42.496 --> 00:18:44.312
dans Hategekimana a aussi partagé

577
00:18:44.312 --> 00:18:45.096
ce point de vue.

578
00:18:46.008 --> 00:18:48.352
Il est en revanche nécessaire d’établir,

579
00:18:48.808 --> 00:18:50.648
premièrement, que des informations indiquant

580
00:18:50.648 --> 00:18:53.208
clairement un risque significatif que

581
00:18:53.208 --> 00:18:54.840
des subordonnés commettaient ou

582
00:18:54.840 --> 00:18:57.184
allaient commettre des infractions existaient.

583
00:18:58.168 --> 00:18:59.904
Deuxièmement, que ces informations étaient

584
00:18:59.904 --> 00:19:01.568
à la disposition du supérieur hiérarchique.

585
00:19:02.168 --> 00:19:04.392
Troisièmement, que le supérieur hiérarchique, bien que

586
00:19:04.392 --> 00:19:06.264
sachant qu’une telle catégorie

587
00:19:06.264 --> 00:19:09.400
d’informations existait, a refusé de se référer

588
00:19:09.616 --> 00:19:11.400
à la catégorie d’informations.

589
00:19:11.608 --> 00:19:12.312
Et quatrièmement,

590
00:19:13.336 --> 00:19:15.440
qu’il s’agissait de crimes liés à

591
00:19:15.440 --> 00:19:17.032
des activités relevant de la responsabilité

592
00:19:17.032 --> 00:19:19.440
et du contrôle effectifs d’un supérieur hiérarchique,

593
00:19:19.776 --> 00:19:21.104
comme expliqué précédemment.

594
00:19:21.776 --> 00:19:23.720
Cet inadmissible aveuglement

595
00:19:23.720 --> 00:19:26.120
volontaire de la part d’un supérieur hiérarchique

596
00:19:26.120 --> 00:19:29.288
est aussi évoqué dans le commentaire du

597
00:19:29.288 --> 00:19:30.952
Comité international de

598
00:19:30.952 --> 00:19:31.896
la Croix-Rouge sur

599
00:19:31.896 --> 00:19:33.176
l’article 86,

600
00:19:34.376 --> 00:19:35.776
paragraphe (2) du

601
00:19:36.064 --> 00:19:37.512
premier Protocole additionnel.

602
00:19:38.384 --> 00:19:40.744
Un supérieur hiérarchique ne peut s’exonérer

603
00:19:40.744 --> 00:19:43.080
de sa responsabilité en invoquant

604
00:19:43.080 --> 00:19:46.024
l’ignorance des rapports qui lui ont été adressés.

605
00:19:46.440 --> 00:19:48.272
En d’autres termes, le supérieur hiérarchique a

606
00:19:48.272 --> 00:19:50.480
le devoir de prendre connaissance au moins

607
00:19:50.480 --> 00:19:52.048
des informations qui sont

608
00:19:52.048 --> 00:19:53.504
directement mises à sa disposition.

609
00:19:55.168 --> 00:19:56.608
Le sixième élément, relatif

610
00:19:56.608 --> 00:19:58.568
aux mesures nécessaires et raisonnables,

611
00:19:58.568 --> 00:20:00.408
exige que le supérieur hiérarchique ait manqué

612
00:20:00.408 --> 00:20:01.608
au moins à l’un

613
00:20:01.616 --> 00:20:02.992
des trois devoirs énumérés :

614
00:20:03.624 --> 00:20:05.128
le devoir d’empêcher les crimes,

615
00:20:05.272 --> 00:20:07.320
le devoir de réprimer les crimes

616
00:20:07.320 --> 00:20:08.728
ou le devoir d’en référer

617
00:20:08.728 --> 00:20:10.656
aux autorités compétentes

618
00:20:10.656 --> 00:20:12.440
aux fins d’enquête et de poursuites.

619
00:20:13.104 --> 00:20:15.008
Ces trois devoirs interviennent à trois

620
00:20:15.008 --> 00:20:16.168
stades différents de la

621
00:20:16.168 --> 00:20:17.160
commission des crimes : 

622
00:20:17.872 --> 00:20:19.480
avant, pendant et après.

623
00:20:19.990 --> 00:20:21.656
Ainsi, le manquement à

624
00:20:21.664 --> 00:20:23.576
l’un de ces devoirs constitue en soi

625
00:20:23.576 --> 00:20:25.176
un crime distinct en vertu du paragraphe (b).

626
00:20:26.216 --> 00:20:28.008
Le devoir d’empêcher naît

627
00:20:28.008 --> 00:20:29.568
avant la commission des crimes

628
00:20:29.568 --> 00:20:31.416
et il inclut les crimes en cours

629
00:20:31.584 --> 00:20:32.448
et les crimes qui

630
00:20:32.456 --> 00:20:33.944
comportent des éléments continus.

631
00:20:35.016 --> 00:20:36.528
Un supérieur hiérarchique violerait

632
00:20:36.528 --> 00:20:38.208
son devoir d’empêcher

633
00:20:38.208 --> 00:20:40.088
s’il ne prenait pas de mesures

634
00:20:40.088 --> 00:20:41.768
pour arrêter des crimes sur le point d’être

635
00:20:41.768 --> 00:20:42.968
commis ou des crimes qui

636
00:20:42.968 --> 00:20:43.976
sont en train d’être commis.

637
00:20:46.944 --> 00:20:48.784
Le devoir de réprimer englobe

638
00:20:48.784 --> 00:20:50.880
deux devoirs distincts qui interviennent à

639
00:20:50.880 --> 00:20:52.136
deux stades différents de la

640
00:20:52.136 --> 00:20:53.072
commission des crimes.

641
00:20:53.784 --> 00:20:55.736
Premièrement, le devoir de réprimer comprend

642
00:20:55.736 --> 00:20:57.824
le devoir d’empêcher que les crimes en cours

643
00:20:57.824 --> 00:20:59.248
continuent d’être commis.

644
00:20:59.680 --> 00:21:01.072
Deuxièmement, le devoir de réprimer

645
00:21:01.072 --> 00:21:03.070
comprend une obligation de punir

646
00:21:03.070 --> 00:21:05.070
les forces après la commission des crimes.

647
00:21:05.656 --> 00:21:06.848
L’objectif est de traduire les

648
00:21:06.848 --> 00:21:08.712
auteurs en justice afin

649
00:21:08.712 --> 00:21:10.016
d’éviter l’impunité

650
00:21:10.016 --> 00:21:11.592
et de prévenir la commission de crimes à l’avenir.

651
00:21:12.512 --> 00:21:14.096
Ce devoir de punir peut être

652
00:21:14.096 --> 00:21:15.688
rempli de deux manières différentes.

653
00:21:16.264 --> 00:21:18.216
Soit par le supérieur hiérarchique lui-même

654
00:21:18.216 --> 00:21:20.210
en prenant les mesures nécessaires et raisonnables,

655
00:21:20.720 --> 00:21:23.200
soit, s’il n’a pas la possibilité de le faire,

656
00:21:23.408 --> 00:21:24.872
en référant l’affaire aux

657
00:21:24.872 --> 00:21:26.144
autorités compétentes.

658
00:21:27.016 --> 00:21:28.296
Ainsi, l’obligation de punir

659
00:21:28.296 --> 00:21:30.290
constitue une alternative à ce

660
00:21:30.520 --> 00:21:31.976
troisième devoir de référer.

661
00:21:32.824 --> 00:21:34.896
Ce qui constitue « toutes les mesures

662
00:21:34.896 --> 00:21:36.080
nécessaires et raisonnables »

663
00:21:36.080 --> 00:21:37.944
pour empêcher ou réprimer les crimes

664
00:21:37.944 --> 00:21:39.496
est établi au

665
00:21:39.728 --> 00:21:41.104
cas par cas

666
00:21:41.328 --> 00:21:43.216
et doit être traité <i>in concreto</i>.

667
00:21:43.896 --> 00:21:45.424
La Chambre de première instance dans <i>Bemba</i>

668
00:21:45.424 --> 00:21:46.776
a suivi la jurisprudence

669
00:21:46.776 --> 00:21:48.248
des tribunaux <i>ad hoc</i> selon laquelle

670
00:21:48.248 --> 00:21:50.056
les mesures « nécessaires » sont celles

671
00:21:50.056 --> 00:21:51.872
qui sont appropriées pour que le supérieur hiérarchique

672
00:21:51.872 --> 00:21:53.544
s’acquitte de son obligation,

673
00:21:53.944 --> 00:21:55.888
et les mesures « raisonnables » celles

674
00:21:55.888 --> 00:21:58.472
qui relèvent raisonnablement de son

675
00:21:58.472 --> 00:22:00.992
pouvoir matériel, et l’exercice

676
00:22:01.024 --> 00:22:02.990
qu’il fait de ce pouvoir.

677
00:22:03.504 --> 00:22:05.336
Dans le cas où le supérieur a pris toutes

678
00:22:05.336 --> 00:22:07.040
les mesures nécessaires et raisonnables

679
00:22:07.040 --> 00:22:08.208
relevant de son pouvoir,

680
00:22:08.208 --> 00:22:09.912
il ne peut être tenu pour responsable.

681
00:22:11.096 --> 00:22:12.280
Étant donné que dans la plupart des cas

682
00:22:12.280 --> 00:22:14.920
de supérieurs civils, il est peu probable

683
00:22:14.920 --> 00:22:16.920
qu’ils disposent de pouvoirs disciplinaires,

684
00:22:16.920 --> 00:22:18.544
contrairement aux chefs militaires,

685
00:22:18.784 --> 00:22:20.960
on attend raisonnablement d’eux

686
00:22:20.960 --> 00:22:22.448
qu’ils signalent la faute

687
00:22:22.448 --> 00:22:22.464
aux autorités compétentes.

688
00:22:22.464 --> 00:22:24.112
aux autorités compétentes.

689
00:22:24.432 --> 00:22:26.048
Un supérieur hiérarchique peut renvoyer

690
00:22:27.360 --> 00:22:30.080
son subordonné, mais une fois renvoyé,

691
00:22:30.080 --> 00:22:31.824
une procédure pénale contre

692
00:22:31.824 --> 00:22:33.320
l’employé doit être ouverte.

693
00:22:34.656 --> 00:22:36.864
Dans notre exemple de Musema,

694
00:22:36.864 --> 00:22:38.576
la Chambre a conclu que Musema était

695
00:22:38.576 --> 00:22:40.456
en position, en vertu de ses

696
00:22:40.456 --> 00:22:42.944
pouvoirs, de recruter et de licencier les employés,

697
00:22:43.352 --> 00:22:44.824
de prendre des mesures raisonnables,

698
00:22:44.824 --> 00:22:46.616
comme le licenciement ou la menace

699
00:22:46.616 --> 00:22:48.304
de licenciement d’un individu de son

700
00:22:48.304 --> 00:22:50.216
poste à l’usine de thé,

701
00:22:50.456 --> 00:22:52.552
s’il était identifié

702
00:22:52.552 --> 00:22:54.120
comme un auteur de crimes

703
00:22:54.120 --> 00:22:56.120
relevant de la compétence du TPIR.

704
00:22:57.560 --> 00:22:58.920
La Chambre a également conclu que

705
00:22:58.920 --> 00:23:00.344
Musema était en position

706
00:23:00.344 --> 00:23:02.984
de prendre des mesures raisonnables

707
00:23:03.000 --> 00:23:04.984
pour tenter d’empêcher ou de punir

708
00:23:04.984 --> 00:23:06.976
l’utilisation de véhicules,

709
00:23:06.976 --> 00:23:09.528
d’uniformes ou d’autres biens de l’usine

710
00:23:09.528 --> 00:23:11.008
aux fins de la commission de tels crimes.

711
00:23:12.800 --> 00:23:14.456
Ceci nous amène à la troisième partie

712
00:23:14.456 --> 00:23:15.376
de cette conférence.

713
00:23:15.624 --> 00:23:18.272
Il reste à voir comment l’article 28(b)

714
00:23:18.272 --> 00:23:19.840
sera appliqué devant la Cour.

715
00:23:20.304 --> 00:23:21.776
Il est évident, toutefois, qu’en

716
00:23:21.776 --> 00:23:24.064
fixant une norme de preuve élevée

717
00:23:24.064 --> 00:23:25.504
pour établir la responsabilité

718
00:23:25.504 --> 00:23:27.848
pénale des supérieurs civils,

719
00:23:28.200 --> 00:23:30.584
cette disposition place la barre très haut

720
00:23:30.700 --> 00:23:32.128
pour la réussite des poursuites

721
00:23:32.128 --> 00:23:33.232
contre les dirigeants civils.

722
00:23:33.930 --> 00:23:35.496
Cela est particulièrement vrai lorsqu’il

723
00:23:35.496 --> 00:23:37.200
s’agit d’établir la connaissance inférée

724
00:23:37.200 --> 00:23:39.440
d’un supérieur hiérarchique, tout en tenant

725
00:23:39.440 --> 00:23:41.264
compte de l’exigence supplémentaire

726
00:23:41.264 --> 00:23:42.496
selon laquelle la portée de cette

727
00:23:42.496 --> 00:23:43.832
connaissance est limitée

728
00:23:44.088 --> 00:23:45.792
aux crimes sous sa responsabilité

729
00:23:45.792 --> 00:23:47.424
et son contrôle effectifs,

730
00:23:47.680 --> 00:23:49.480
ce qui rend l’affaire encore plus difficile.

731
00:23:50.032 --> 00:23:52.248
L’expression « délibérément négligé

732
00:23:52.248 --> 00:23:53.736
des informations qui l’indiquaient

733
00:23:53.736 --> 00:23:56.136
clairement » rapproche le seuil

734
00:23:56.136 --> 00:23:57.536
de la connaissance inférée

735
00:23:57.536 --> 00:24:00.248
de celui de la connaissance effective

736
00:24:00.248 --> 00:24:02.880
ou, dans d’autres situations, à l’aveuglement volontaire

737
00:24:02.880 --> 00:24:04.048
pour les crimes commis.

738
00:24:04.920 --> 00:24:06.856
En cas d’intérêt, je vous encourage

739
00:24:06.864 --> 00:24:09.440
à explorer l’article 28(b) plus en profondeur.

740
00:24:09.592 --> 00:24:11.256
Il serait intéressant de mener

741
00:24:11.256 --> 00:24:13.280
des recherches sur ce sujet

742
00:24:13.280 --> 00:24:15.176
dans le but d’identifier les indicateurs

743
00:24:15.176 --> 00:24:17.032
d’une connaissance inférée

744
00:24:17.032 --> 00:24:19.296
qui pourraient aider dans de futures poursuites,

745
00:24:19.888 --> 00:24:22.104
en particulier en ce qui concerne les situations

746
00:24:22.104 --> 00:24:23.496
d’aveuglement volontaire.

747
00:24:24.040 --> 00:24:25.488
De plus, il serait utile

748
00:24:25.488 --> 00:24:27.624
d’identifier les points de convergence des deux

749
00:24:27.752 --> 00:24:29.296
paragraphes qui pourraient atténuer

750
00:24:29.296 --> 00:24:30.856
la division et rapprocher les deux

751
00:24:30.856 --> 00:24:33.216
catégories de supérieurs hiérarchiques encore un peu plus.

752
00:24:34.592 --> 00:24:36.464
Permettez-moi de conclure ici et de vous

753
00:24:36.464 --> 00:24:37.544
souhaiter la meilleure des chances

754
00:24:37.544 --> 00:24:39.040
dans vos études. Au revoir.
